L’esthétique c’est pas chic

Je suis chirurgien, né le 14 février 1953. J’ai démarré mes études de médecine à Paris en 1971 et les ai terminées en 1986. Depuis tout petit je suis fasciné par la chirurgie et ce métier s’est imposé à moi comme une évidence. J’aime toutes les disciplines chirurgicales et ai suivi un long parcours d’apprentissage de l’ensemble de la chirurgie avec un plaisir égal. Pour être chirurgien autrefois il fallait impérativement réussir le concours de l’internat qui était alors l’un des plus important concours en France et surement l’un des plus difficile car le plus sélectif. Il était réservé à l’élite de la profession. La faculté Lariboisière Saint Louis n’eu que six étudiants nommés au concours 1976/77. Ce fut de loin le plus beau jour de ma vie. La voie royale s’ouvrait devant moi pour exercer ce que j’avais dans le sang; La chirurgie! J’ai vécu à l’hôpital toutes ces années sans même réaliser que je travaillais 24 h sur 24 pour mon propre plaisir sans me plaindre de quoi que ce soit. J’aimais plus que tout ce que je faisais et apprenais à réparer toutes les parties de ce corps humain qui s’ouvrait à moi sans limites. J’ai eu des maitres fabuleux que j’ai adoré et qui me l’ont bien rendu en gynécologie, en chirurgie digestive, en chirurgie cardiaque et vasculaire, en chirurgie infantile, en chirurgie réparatrice, car je voulais tout faire, étais toujours prêt à opérer de jour comme de nuit. Je ne partais pas en vacances mais remplaçais des chirurgiens titulaires dans tous les hôpitaux et cliniques de France. J’ai appris et intégré durant mon internat et mon clinicat que la chirurgie était un métier dur mais incontestable. Je le faisais avec passion et le service que je rendais au patient était indiscutable. Il convenait juste d’être le plus compétent possible afin d’opérer avec talent des patients qui ne pouvaient que vous remercier d’avoir été là. C’était exactement ce que j’attendais de mon métier qu’il soit utile, incontestable, indispensable!

J’ai choisi de me spécialiser en chirurgie plastique car nous étions des pionniers. Tout était à faire; Inventer et développer les techniques, créer les institutions, définir des règles d’exercice précises et contraignantes. J’ai contribué activement à établir ces dernières et ai exercé cette discipline pendant 40 ans avec les principes de la chirurgie conventionnelle dont la règle suprême est « primum non nocere ». Aujourd’hui ces règles sont peu respectées car la chirurgie plastique n’est pas une chirurgie comme les autres. Elle demande de larges compétences, une grande moralité, beaucoup d’ honnêteté et une réflexion plus importante que les autres disciplines. Son attractivité, en constante augmentation se heurtant à la dégradation de la formation des médecins et au règne du chacun pour soi, produisent des médecins de peu de valeur, incompétents, imbus d’eux mêmes, narcissiques voire pervers et en définitive parfaitement inutiles. Parce que l’esthétique est une pratique non nécessaire donc discutable et contestable c’est au praticien de se poser cette question en permanence. Est ce que ce que je fais à ce patient est incontestable? S’ il est honnête la réponse à cette question sera non la plupart des cas. Pour cela les disciplines médico chirurgicales esthétiques qui envahissent notre univers devraient toujours être des choix secondaires dans le domaine médical car le service rendu peut presque toujours être remis en cause.

Au moment où le monde entier a besoin de véritables professionnels de santé bien formés et passionnés par leur mission pour soigner les patients, les politiques de santé débiles et répétitives font tout le contraire. Les nouveaux médecins les aident beaucoup.

By pierre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *